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2e Signe. — La Bête de la mer (xiii, 1-10). 1o Description de la bête instrument du dragon ; elle guérit de sa blessure et se fait acclamer par toute la terre (1-4). — 2o Ennemie de Dieu et de ses Saints, elle domine sur tous les peuples (5-8). Avis pour le temps de sa domination (9-10).
Puis je vis monter de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.* La bête que je vis ressemblait à un léopard ; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, son trône et une grande autorité. Une de ses têtes paraissait blessée à mort ; mais sa plaie mortelle fût guérie, et toute la terre, saisie d’admiration, suivit la bête, et l’on adora le dragon, parce qu’il avait donné l’autorité à la bête, et l’on adora la bête, en disant : « Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ? » Et il lui fut donné une bouche proférant des paroles arrogantes et blasphématoires, et il lui fût donné pouvoir d’agir pendant quarante-deux mois. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, son tabernacle et ceux qui habitent dans le ciel. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre ; et il lui fût donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation. Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dans le livre de vie de l’Agneau immolé, dès la fondation du monde. Que celui qui a des oreilles entende ! 10 Si quelqu’un mène en captivité, il sera mené en captivité ; si quelqu’un tue par l’épée, il faut qu’il soit tué par l’épée. C’est ici la patience et la foi des saints.
3e Signe. — La Bête de la terre. (xiii, 11-18) : 1o Cette bête, d’aspect moins féroce, sert de ministre à la première et séduit les hommes par des prodiges (11-14a). — 2o Elle fait adorer l’image de la première bête et persécuter ceux qui n’ont pas la marque de son nom (14b-17). — 3o Invitation à calculer le nombre de la bête (18).
11 Puis je vis monter de la terre§ une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. 12 Elle exerçait toute la puissance de la première bête en sa présence, et elle amenait la terre et ses habitants à adorer la première bête, dont la plaie mortelle avait été guérie. 13 Elle opérait aussi de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes, 14 et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, persuadant aux habitants de la terre de dresser une image à la bête qui porte la blessure de l’épée et qui a repris vie. 15 Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, de façon à la faire parler et à faire tuer tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête. 16 Elle fit qu’à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, on mit une marque sur la main droite ou sur le front, 17 et que nul ne pût acheter ou vendre, s’il n’avait pas la marque du nom de la bête ou le nombre de son nom. 18 C’est ici la sagesse !* Que celui qui a de l’intelligence compte le nombre de la bête ; car c’est un nombre d’homme et ce nombre est six cent soixante-six.
* 13:1 XIII, 1. Puis je vis : cette formule distingue les sept différents signes. S. Jean ne l’a pas employée pour signaler l’apparition du dragon, bien qu’il l’appelle un autre signe xii, 3), parce que les deux personnages de la première vision ne forment, en réalité, qu’un seul tableau symbolique. — Les quatre bêtes de Daniel représentant chacune un empire (vii, 17, 23), celle de l’Apocalypse, qui réunit en elle les traits de toutes les autres (v, 2), doit nécessairement représenter l’ensemble de ces empires et être le symbole de la puissance politique, de la force matérielle des États, mise au service du dragon, pour opprimer les serviteurs de Dieu.Elle monte de la mer, comme les 4 bêtes de Daniel (vii, 1) parce que les empires surgissent ordinairement des guerres et des troubles qui agitent les peuples. 13:2 2. Léopard, ours, lion : ce sont les trois premières bêtes de la vision de Daniel (vii, 4-7). La bête de l’Apocalypse rappelle la quatrième, par ses dix cornes sur la septième tête, tout en réunissant les traits des trois autres, savoir, du lion de Babylone, de l’ours des Médo-Perses, du léopard de Macédoine. 13:8 8. L’adoreront ; Vulgate, l’adorèrent : parfait prophétique. — Dès la fondation du monde : ces mots, comme le montre un passage semblable (xvii, 8) doivent se rapporter, non à l’immolation de l’Agneau, mais à l’inscription dans le livre de vie. Voy. iii, 5 et comp. Eph. i, 4 sv. Dans la Vulgate, la position de la virgule serait à modifier. § 13:11 11. De la terre : la première bête sortait de la mer, c.‑à-d. de l’agitation et du bouleversement des peuples ; celle-ci monte de la terre, élément plus calme : elle naît dans un état social tranquille, au sein de la civilisation. — Une autre bête : tous les traits qui suivent en font le symbole de la fausse science, de la sagesse de ce monde au service de l’impiété. Aussi est-elle désignée plus loin comme « le faux-prophète » (xvi, 13 ; xix, 20 ; xx, 10). * 13:18 18. La sagesse : Pour échapper aux séductions de la science impie, et aussi pour se prémunir contre l’apostasie, en calculant le nombre de la bête (de la première, celle qui a le pouvoir et se fait adorer), lequel est un nombre d’homme, désignant par conséquent un être faible et mortel en réalité, malgré la puissance presque surhumaine dont il paraît investi. — Ce nombre est 666 : Beaucoup de calculs fantaisistes ont été faits sur ce nombre.La meilleure solution de l’énigme ne serait-elle pas de considérer le nombre 666, non plus comme la somme des valeurs numériques des lettres d’un nom propre, mais comme un nombre symbolique exprimant par lui-même, à la manière d’un nom, la nature de l’Antéchrist.Le nombre 7, est un nombre religieux, le nombre de la création sanctifiée par le sabbat divin (Gen. ii, 3). Le nombre 8, d’après une idée commune chez les Pères, est le symbole du grand jour de la béatitude éternelle, octave glorieuse, succédant aux sept jours du Dieu créateur et sanctificateur, pour achever la grande semaine divine (S. Aug. serm. 259 in oct. Pasch.) ; c’est donc le nombre de la création restaurée et glorifiée par le Christ.Le nombre 6 restant en dessous de 7, ne serait-il pas le nombre de la création sans sabbat, de l’homme sans religion, sans Dieu ? Ainsi l’ont pensé, entre autres, le V. Bède et le B. Albert-le-Grand.